Essai Energica Eva : Que vaut la moto électrique sportive de Modène ?

Basé à Modène près de chez Ferrari, la marque Energica propose une gamme de moto 100 % électriques dont le roadster EVA 80 Kw ici à l'essai.

par Maxime Fontanier 27 Juin 2018 10:54

Depuis 1970, la société italienne CRP Group est spécialisée dans la fabrication de pièces mécaniques de précision pour l’aéronautique, les Formule 1 ou les motos de compétition. En 2009, la marque lance le projet eCRP développe sa première sportive 100% électrique et remporte le championnat européen de moto électrique TTX GP dès l’année suivante. L’Energica Motor Company est finalement fondée en 2014 pour fabriquer un modèle homologué pour la route dont les premières livraisons interviennent en juin 2016 sur le marché américain. Aujourd’hui le catalogue du constructeur compte trois modèles. La sportive Energica Ego de 145 ch (107 kW), le roadster Eva développant 109 ou 145 ch (80 ou 107 kW) et sa version vintage baptisée Eva 9 Esse Esse uniquement proposé en version 109 ch (80 kW).  Pour cet essai, nous avons opté pour le modèle de milieu de gamme à savoir l’Energica EVA développant 109 ch (80 kW) pour 180 Nm de couple. Prendre le guidon d’une Energica nécessite d’être titulaire du permis moto depuis plus de 2 ans. Aucune version bridée à 11 kW, accessible aux permis B (avec une formation de 7 heures) n’est prévue pour l’instant.

7/10

Energica Eva Lunar

27 480€  Energica
On aime
  • Les accélérations et reprises décapantes
  • Le freinage très efficace avec un frein moteur réglable
  • La finition soignée et la présentation valorisante
  • La recharge rapide et l’application pour trouver des bornes
  • L’autonomie suffisante pour la plupart des trajets quotidiens
On n'aime pas
  • Le tarif élitiste
  • Le poids trop élevé
  • L’amortissement et la selle ferme
  • L’absence de protection
  • L’absence d’anti-patinage
  • Le sifflement du moteur fatiguant
  • Permis moto obligatoire
Verdict

Parmi les rares motos électriques du moment, l’Energica Eva offre le châssis le plus évolué et la présentation la plus valorisante. Elle s’avère toutefois trop lourde pour rivaliser avec les plus prestigieuses sportives thermiques en termes de comportement comme de performances. La belle italienne souffre aussi de son tarif face aux Zero Motorcycles, certes moins pimpantes et puissantes, mais offrant plus d’autonomie pour moins cher.

Moteur électrique à aimant permanent
Puissance 109 ch
Couple maxi 180 Nm
Vitesse maxi 200 km/h
Poids 281 kg
Autonomie entre 100 et 150 km
Capacité de la batterie 11,7 kWh
Hauteur de selle 79,5 mm
Fiche technique
Un roadster très stable mais lourd dans les virages serrés
Un roadster très stable mais lourd dans les virages serrés

6 raisons de craquer (ou pas) pour l’Energica Eva

Oui, pour sa présentation très soignée

Bien que l’Energica Eva soit produite en petite quantité, sa qualité de fabrication comme sa partie cycle sont dignes d’une moto haut de gamme. Éclairage à LED, faux réservoir en carbone, durites de frein tressées type « aviation », l’italienne soigne les détails. Son cadre en acier tubulaire est prolongé par un sublime bras oscillant en aluminium et profite de suspensions réglables en compression comme en détente.

Le freinage n’est pas en reste avec deux disques avant à étriers Brembo à 4 pistons et un disque pincé par 2 pistons à l’arrière. L’instrumentation entièrement numérique manque de lisibilité au soleil mais offre une foule d’informations et intègre un chronomètre. On trouve même une double prise USB éclairée près du magnifique T de fourche sur mesure siglé EVA. Au guidon de cette italienne aux faux airs de Ducati, nul besoin de faire du bruit pour se faire remarquer. Les éternels insatisfaits pourront piocher dans le catalogue des options comprenant des suspensions Öhlins (2 705 €), ou encore des jantes à rayon allégées (1 725 €).

Oui, pour ses reprises éclairs et son freinage foudroyant

L’Energica Eva n’a pas seulement le look d’un roadster sportif, il en offre aussi les performances. Le constructeur ne communique pas de chiffres précis mais on peut tabler sur un 0 à 100 km/h entre 4,0 et 4,5 s sur la version la moins puissante de 109 ch ce qui équivaut à un roadster thermique 600 cm3. La vitesse maxi de 200 km/h s’atteint donc sans patienter.

Mais c’est surtout sur l’exercice des reprises que l’Eva fait des étincelles. La disponibilité immédiate du couple et l’absence de boîte de vitesses vous martyrisent la nuque à chaque relance. Passer de 90 à 130 km/h est aussi rapide qu’allumer la lumière. Il est d’ailleurs regrettable de ne pas disposer d’un antipatinage pour juguler l’arrivée brutale du couple sur la roue arrière. Sur le mouillé la prudence s’impose, d’autant que la monte pneumatique d’origine (Pirelli Diablo Rosso II) se destine surtout à une utilisation sur le sec. L’Eva séduit aussi par la force de ses ralentissements grâce à ses étriers Brembo soutenues par le frein moteur paramétrable sur quatre modes (Nul, Léger, Moyen, Fort). La réponse de l’accélérateur et la gestion du couple disposent aussi de quatre configurations (Urban, Eco, Rain, Sport). Notons qu’en mode ECO, la vitesse de pointe est bridée à 90 km/h.

Non, pour sa masse trop élevée

Avec son cadre rigide, ses imposantes suspensions et ses freins de sportives, l’Energica EVA est lourdement armée. Mais en ajoutant une imposante batterie au lithium-ion Polymère de 11,7 kWh, l’italienne accuse 281 kg. A titre de comparaison, une Zero Motorcycle SR de 14,4 kWh revendique 188 kg soit presque un quintal de moins.

Le poids colossal de l’Eva nuit à la fois à ses accélérations, son autonomie et sa maniabilité. Même avec la présence d’une marche arrière, les manœuvres ne sont pas très aisées. Dans les virages serrés, le train avant paraît lourd à emmener et donne la sensation d’être au guidon d’un gros trail.  En revanche, l’Energica Eva est très stable en courbe comme au freinage et se révèle peu sensible au vent latéral sur voie rapide.

Non, pour son confort et ses aspects pratiques limités

Comme tout roadster sportif, l’Energica Eva offre une position de conduite inclinée vers l’avant nécessitant d’être en appui sur les avant-bras. A cela s’ajoute une selle et un amortissement ferme. Bref le confort n’est pas la priorité de cette moto qui est aussi dépourvue de toute protection. Le petit saute-vent en option à 245 € réduit un peu la pression du vent sur le buste mais ne fait pas de miracle.

Autre source d’inconfort, le moteur électrique à aimants permanents génère un sifflement très marqué à l’accélération. Cela permet toutefois de se faire entendre des automobilistes !

Non, pour son tarif élevé et son réseau de distribution réduit.

Facturée 27 480 € TTC hors option, l’Energica Eva atteint 30 480 € dans sa version 107 kW. Un tarif délirant qui la place face aux plus performantes motos thermiques du moment comme la Ducati Panigale V4 S (27 990 €) ou la Yamaha R1M (23 999 €).

Si une moto électrique coûte moins cher à l’usage et réclame peu d’entretien, il faudra tout de même surveiller le niveau d’huile pour le refroidissement du moteur. Mieux vaut toutefois ne pas avoir trop de pépins car le réseau de distribution d’Energica est encore très limité. Le marché Français ne compte en effet qu’un seul distributeur situé en région parisienne (http://www.tendance-roadster.com).

Oui, pour son système de recharge rapide et son application.

Lors de notre essai nous avons pu parcourir sans problème plus de 100 km en empruntant des voies rapides et en roulant normalement sans se priver de quelques accélérations. En utilisant davantage le mode ECO et en évoluant en ville, il est possible d’atteindre 150 km sans problème. Une autonomie correcte pour effectuer la plupart des déplacements quotidiens mais un peu juste pour les virées du week-end. Une Zero Motorcycles SR de 14,4 kWh atteint aisément les 200 km en usage urbain réel.

Le temps de recharge de l’EVA se révèle toutefois assez rapide. Il suffit de 4 heures sur une prise de courant classique ou seulement 30 mn sur une borne de type Combo CCS. Ce type de prise rapide a été adoptée comme standard par l’Union Européenne et compte environ 3 500 points de charge en Europe. Pour les localiser, Energica a développé une application sur smartphone et intégré une balise GPS dans la machine. Notons enfin qu’à la différence de nombreux deux roues électriques au ventilateurs de refroidissement bruyants, l’Eva reste discrète pendant la recharge.


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