Essai du Land Rover Range Rover Hybride : le plus beau mais pas le plus raisonnable

Comme la plupart de ses concurrents allemands, anglais ou suédois, le plus luxueux des 4x4 Land Rover est enfin disponible dans une vraie version hybride rechargeable. Le pionnier des SUV de prestige s'adapte-il correctement à cette technologie ? Pour le savoir, un essai sur les routes (et dans la boue) du Pays de Galles s'impose.

par Cedric Pinatel 26 Jan 2019 11:00

7.5/10

Range Rover Hybride

Land Rover

89 400€  Land Rover
On aime
  • Sa classe imbattable chez les SUV
  • L'intérieur magnifique
  • Le confort très impressionnant
On n'aime pas
  • Le prix vraiment élitiste
  • Le peu d'agilité de la bête
  • L'agrément moteur dans certaines conditions
Verdict

La plupart des concurrents directs du Range Rover offrent eux aussi une version hybride, à des prix légèrement moins astronomiques. Mais ni l’Audi Q7 e-Tron, ni le BMW X5 40e, ni le Mercedes GLE 350e, ni même le Volvo XC90 T8 ne dégagent l’aura très particulière du pionnier anglais des 4×4 de luxe. Avec son intérieur digne des meilleures limousines du monde, son confort de conduite très « Rolls-Royce » et son allure inimitable, le Range Rover demeure de très loin le plus élégant des SUV du marché. Naturellement conçu pour fonctionner avec de gros moteurs 100% thermiques, le passage à la technologie hybride ne nuit heureusement pas à son degré de raffinement. Reste à composer avec une addition horriblement salée, comme pour les autres Range Rover.

Avec un poids très conséquent, les gros SUV ne sont généralement pas économes en matière de consommation de carburant, sans même parler des émissions polluantes. D’où l’intérêt de leur adjoindre une motorisation hybride comme c’est la tendance actuellement, en attendant une version 100% électrique. La preuve avec le dernier Range Rover P400e dont nous avons pris le volant.

7 raisons de craquer (ou pas) pour le Range Rover P400e

Oui, pour son style absolument incomparable

Attention à ne pas confondre tous les Range Rover. Land Rover propose en effet beaucoup de modèles arborant ce badge dans sa gamme, du petit Range Rover Evoque jusqu’au Range Rover Sport à sept places en passant par le très dynamique Range Rover Velar. Mais le Range Rover « tout court », lui, existe depuis 1975 et ne vise qu’un seul objectif : s’imposer comme le meilleur 4×4 de luxe de la planète, capable aussi bien de faire le beau devant les palaces que de se tirer des pires ornières sans malmener ses passagers.

Sorte de limousine tout-terrain presque légendaire, il doit aujourd’hui supporter la comparaison avec des concurrents inédits comme le Bentley Bentyaga encore plus cher et haut de gamme. Mais en terme de style, il n’y a pas photo. Ni les SUV allemands, ni le très baroque rival de chez Bentley ne peuvent rivaliser avec l’élégance du Range Rover. La version hybride se distingue seulement par sa prise cachée dans sa calandre, qui permet de recharger ses batteries électriques.

Oui, pour son intérieur de vraie limousine

En matière de style, le Range Rover fait aussi très fort à l’intérieur. Certes, les grands SUV de chez Mercedes, BMW ou Audi se garnissent eux aussi des plus beaux cuirs possibles, tout en offrant un niveau de technologie embarquée parfois plus élevé encore. Et chacun de ces concurrents saura transporter ses passagers dans un confort tout aussi remarquable. Mais il y a vraiment une ambiance fascinante à bord du Range Rover.

Le design épuré et extrêmement sobre de l’intérieur va de pair avec un degré d’insonorisation très impressionnant, et la motorisation hybride de la version P400e permet de rouler sans le moteur à explosion jusqu’à 137 km/h, et sur un peu plus de 40 kilomètres (batteries pleines). De quoi en rajouter à la sérénité intérieure.

Oui, pour sa très belle interface tactile

Depuis son restylage, le Range Rover profite d’une nouvelle planche de bord qui chasse au maximum les boutons physiques. Dotée de trois écrans au total (comme chez les récentes Audi A8, A7 et autres Lamborghini Urus), la nouvelle interface numérique de Land Rover affiche un look spectaculaire. Sa technologie ne va pas aussi loin que chez Audi. Elle fait notamment l’impasse sur les fonctions haptiques ou les logiciels dernier cri utilisés par la marque aux anneaux. Mais ça en jette vraiment, malgré quelques lenteurs de l’ordinateur de bord et de l’outil de navigation. Votre voisin en Tesla Model X vous jalousera ces jolies tablettes encadrées de matériaux précieux.

Oui, pour les performances suffisantes

Le Range Rover P400e combine un quatre cylindres turbo essence de 2,0 litres de cylindrée avec un moteur électrique de 116 chevaux. Il développe 404 chevaux en puissance totale, un chiffre qui lui permet de revendiquer des performances intéressantes malgré son poids pachydermique (à cause des lourdes batteries, il pèse plus de 2,5 tonnes). Il passe de l’arrêt total à la vitesse de 100 km/h en 6,8 secondes, comme une bonne petite citadine sportive, et marche aussi fort qu’un Range Rover diesel de puissance similaire.

En revanche, ne comptez pas sur lui pour jouer les vrais SUV sportifs. Réglé pour offrir le meilleur confort de roulage possible, il préfère la souplesse d’amortissement à l’efficacité dynamique d’un Porsche Cayenne. Aucun problème, puisque l’ambiance intérieure n’invite de toute façon pas franchement à la précipitation.

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Non, pour son autonomie électrique encore trop limitée

Comme tous les modèles hybrides rechargeables de sa catégorie, le Range Rover P400e ne peut pas réaliser de longs trajets sans mettre à profit son moteur thermique. Ses batteries électriques nécessitent un peu plus de sept heures pour se recharger entièrement sur une prise normale, ou un peu moins de trois heures sur une prise fonctionnant sur du courant à 32 ampères. Une fois les batteries pleines, le gros SUV anglais pourra parcourir un peu plus de 40 kilomètres en tout électrique, à condition de garder le pied léger. Au-delà de cette distance, le moteur à essence se ranimera et la consommation de carburant augmentera en flèche.

Grâce à une procédure d’homologation très favorable aux modèles hybrides, la fiche technique du Range Rover P400e indique une consommation de 2,8 litres aux 100 kilomètres, soit moins qu’une toute petite citadine équipée d’une motorisation très modeste. En réalité, la consommation dépassera les 10 litres aux 100 kilomètres dans un long trajet. Une valeur pas si élevée dans l’absolu, au regard des performances et du poids de l’engin. Mais du moment où vous effectuez des trajets journaliers relativement courts et que vous disposez d’une prise extérieure à votre domicile (et/ou votre bureau), il restera possible de rouler en « tout électrique » avec le Range Rover P400e.

Non, pour son prix astronomique

Voilà le principal problème du Range Rover P400e : il coûte plus cher que ses concurrents. Certes, il ne demande que 2000 euros de plus qu’un Range Rover V8 diesel offrant des performances similaires, et il échappe au malus fiscal stratosphérique qui va avec (10 500 euros à rajouter pour le diesel). Mais à 120 400 euros, il impose une rallonge de près de 40 000 euros par rapport à ses principaux rivaux ! Le Mercedes GLE 500e démarre en effet à 83 400€, le Volvo XC80 T8 à 81 500€ et le BMW X5 40e (moins puissant mais pas moins performant) se négocie à partir de 70 800 euros.

Seul le tout nouveau Bentley Bentayga Hybrid osera proposer un tarif encore plus élevé (qui devrait dépasser les 150 000 euros). Comme pour ce dernier, l’aura qu’il dégage permettra – pour certains – de justifier la tarification élitiste. De même que l’univers intérieur plus raffiné que chez la plupart de ses concurrents, même si son niveau de technologie embarquée n’impressionne pas particulièrement.

Oui, pour ses capacités tout-terrain hors du commun

Si la plupart des SUV actuels s’apparentent plus à des berlines surélevées que de vrais tout-terrain, le Range Rover ne transige pas sur ses capacités en dehors du réseau routier. Dès que le tarmac disparaît et qu’il faut rouler dans la boue, le gros 4×4 anglais survole tous ses concurrents. Capable de franchir les pires ornières en secouant le moins possible ses passagers, il fait honneur à sa prestigieuse lignée.

Cette philosophie de mise au point est commune à tous les Range Rover depuis le premier modèle lancé en 1970 : jouer les limousines quelle que soit la qualité du terrain, et pouvoir s’aventurer très loin hors des sentiers battus. Sur ce plan, il reprend d’ailleurs l’avantage en matière de technologie embarquée sur ses concurrents. Avec sa transmission ultra sophistiquée et ses suspensions optimisées pour cet exercice, le Range Rover déploie une maîtrise impressionnante en tout-terrain. Et sa version hybride ne perd rien de cette souveraineté absolue hors routes. Mais aujourd’hui, qui ose encore s’aventurer sur es chemins boueux avec son SUV de luxe ?

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