Tesla Model S 100D : quel bilan après 1 500 km ?

Lancée en 2012 et commercialisée en France depuis 2013, la Tesla Model S domine aujourd’hui le marché des berlines de luxe en Californie et même en Allemagne où ses ventes dépassent celles des BMW Série 7 et Mercedes Classe S. Un exploit historique pour une voiture américaine équipée, de surcroit, d’une motorisation 100 % électrique. Nous avons pris son volant pour un long essai. Bilan.

par Maxime Fontanier 15 Jan 2019 10:00

Après avoir parcouru quelques 500 km au volant du Model X, nous nous sommes cette fois intéressés à la Tesla Model S. Avec l’abandon de la 75D, la berline se décline désormais en deux versions : 100D et P100D. Le chiffre correspond à la capacité de la batterie en kWh, la lettre D signifie qu’il s’agit d’un modèle à deux moteurs et quatre roues motrices.Enfin, la lettre P indique qu’il s’agit d’un modèle haute performance.

Ces blocs électriques de type Brushless (sans balais) sont situés au centre de chaque essieu pour animer les quatre roues motrices. Pour réaliser cet essai nous avons emprunté un modèle 100D durant une semaine pour parcourir plus de 1 500 km.

9/10
Le choix Tom's Drive

Tesla Model S 100D

La plus aboutie des voitures électriques

À partir de 111 700 € 
On aime
  • Des performances sportives et une grande douceur de conduite
  • L’écran tactile immense, l’ergonomie évidente et l’accès au web
  • L’habitabilité généreuse
  • Le confort de suspensions
On n'aime pas
  • Des petits bruits d’air sur voie rapide
  • Pas de lecture des panneaux de signalisation
  • Les Superchargers payant depuis 2017
Verdict

Lors de ses six premières années de carrière, la Tesla Model S a bien évoluée et profite désormais d’un réseau de recharge rapide très étendu. La berline américaine 100% électrique conserve donc une belle longueur d’avance dans le monde des berlines de luxe en attendant l’arrivée de la Porsche Mission E…mais pas avant 2019.

MoteurÉlectrique
Puissance380 kW
Autonomie (annoncée)632 km
0 à 100 km/h4,3 secondes
Fiche technique

8 raisons de craquer (ou pas) pour la Tesla Model S 100D

Oui, pour ses performances électrisantes

Grâce à ses deux moteurs électriques et sa batterie de forte capacité, la Tesla Model S délivre un couple énorme et quasi immédiat qui lui confère des accélérations dignes des meilleurs sportives. La version P100D abat le 0 à 100 km/h en 2,7 s et peut donc ridiculiser les Ferrari au feu vert. Notre version d’essai 100D se contente de 4,3 s sur le même exercice ce qui équivaut tout de même au temps d’une Porsche Panamera 4S de 440 ch. A partir de 120 km/h, la sensation de poussée s’estompe mais la Tesla Model S conserve des reprises fulgurantes jusqu’à 200 km/h. De quoi humilier tous ceux qui osent vous coller sur la voie de gauche avec le clignotant allumé.

Oui, pour son autonomie convaincante

A l’instar de la consommation moyenne d’un véhicule thermique, le calcul de l’autonomie d’un véhicule électrique varie fortement selon le type de conduite et les conditions climatiques. Le site de Tesla intègre un calculateur prenant en compte la vitesse, la température extérieure, la taille des jantes et l’utilisation ou non du chauffage ou de la climatisation.

La Model S 100D revendique ainsi 601 km d’autonomie à 90 km/h par 20° avec la climatisation allumée et les grandes jantes de 21 pouces en option. A 120 km/h, dans les mêmes conditions le configurateur du constructeur annonce 435 km d’autonomie. Des valeurs qui n’ont rien d’illusoire car durant notre essai notre Model S n’avait aucun mal à atteindre les 350 km en évoluant à 135 km/h compteur sur autoroute. Une autonomie suffisante pour voyager en famille en s’arrêtant toutes les deux heures comme cela est préconisé par la sécurité routière.

En usage urbain ou les phases de ralentissement sont nombreuses, le système de récupération d’énergie au freinage permet d’envisager plus de 600 km sans la moindre inquiétude.

Oui, pour son réseau de recharge très étendu

Recharger une batterie vide de 100 kWh sur la même prise que votre tondeuse de jardin est tout à fait possible mais peut prendre plus de 40 heures. Il est donc vivement conseillé d’opter pour un chargeur mural Tesla avec un câble dit « Type 2 » qui se branche directement sur la voiture. Selon la qualité du réseau électrique de votre domicile, il est possible de récupérer jusqu’à 81 km d’autonomie par heure de charge ce qui permet de « faire le plein » en une nuit.

Pour les longs trajets, Tesla a donc déployé un réseau de station de recharge ultra rapide dans de nombreux pays en un temps record. Le réseau compte aujourd’hui plus de 1 130 stations soit 8 496 bornes rien qu’en Europe. Les stations se trouvent juste à côté des autoroutes sur le parking d’une chaine de restaurant ou d’un hôtel. Capables de délivrer une puissance de 120 kw, ces Supercharger peuvent effectuer une charge à 80 % en 30 mn soit le temps de prendre un casse-croute et de se dégourdir les jambes.

Dans les faits, un trajet Paris Marseille par autoroute nécessite aujourd’hui deux arrêts de 25 mn. A moins d’être très pressé et de ne faire qu’un arrêt rapide avec une routière à moteur diesel, le temps de trajets en Tesla Model S 100D équivaut donc à celui d’une voiture thermique.

Gratuite durant toute la durée de vie des Tesla Model S vendues jusqu’au 15 janvier 2017 (donc même sur les modèle d’occasion), la « supercharge » est désormais facturée 20 centimes par kWh. Mais la plupart des acheteurs de Model S bénéficie d’un code de parrainage pour continuer à obtenir un accès gratuit personnel (donc non cessible) aux Supercharger.  Le réseau de recharge Tesla peut aussi compter sur des milliers d’hôtels partenaires équipés de bornes murales spécifiques qui sont gratuites.

Oui, pour sa tenue de route et son niveau de sécurité

La conception d’une Tesla Model S se rapproche davantage de celle d’un smartphone que d’une automobile thermique. Dépourvue de boîte de vitesses et d’arbre de transmission, la Model S 100D intègre sa lourde batterie dans son plancher et offre donc un centre de gravité très bas avec une excellente une répartition des masses.

Malgré son poids colossal de 2,2 tonnes, cette longue et large berline de 5 m de long fait preuve d’agilité et ses quatre roues motrices gérées indépendamment assurent une adhérence incroyable sur le mouillé comme sur la neige.

Le freinage très puissant repose sur d’énormes disques Brembo mais profite aussi du frein moteur régénératif à deux niveaux d’intensité réglables. Grâce à sa structure en aluminium et à ses six Airbags, la Tesla Model S 100D absorbe très bien les ondes de chocs comme en atteste ses excellents résultats aux crash-tests EuroNCap.

Oui, pour son habitabilité et son confort

L’architecture très spéciale de la Tesla Model S favorise son comportement dynamique mais aussi son habitabilité. Les moteurs intégrés dans les essieux libèrent de l’espace dans le coffre et sous le capot pour obtenir une capacité de chargement record (750 litres à l’arrière et 60 litres à l’avant). Le grand hayon électrique facilite le chargement de gros objets et il est même possible d’ajouter deux sièges d’appoint pour transporter deux enfants dos à la route et transformer sa berline cinq places en une inédite déclinaison 5+2 (option à 4 200 €).

L’absence de tunnel de transmission libère un plancher plat à l’arrière pour offrir une place centrale aussi confortable que les deux autres et transporter confortablement trois adultes qui ne joueront pas des coudes. Côté rangements, le tunnel central situé entre les sièges avant se montre assez pratique mais les passagers arrière devront se contenter de leurs poches.

Le confort des sièges a progressé depuis la première génération et le silence de fonctionnement est étonnant en dessous de 100 km/h. Notre Tesla Model S 100D d’essai était équipée en série des suspensions pneumatiques Smart Air identiques à celle utilisées sur les Bentley Continental GT. La filtration des chocs est remarquable et les mouvements de caisse inexistants. Du grand art !

Oui, pour son équipement à la pointe du progrès et évolutif

A la manière d’un ordinateur ou d’un smartphone, la Tesla Model S reçoit des mises à jour à distance (toutes les trois semaines environ) via sa clef 4G intégrée et profite donc de nombreuses améliorations au cours de sa carrière. Ces mises à jour peuvent concerner la gestion de la batterie, la réactivité de l’accélérateur, les aides à la conduite ou l’ensemble multimédia. Ce dernier n’a d’ailleurs pas d’équivalent sur le marché.

L’immense écran tactile centrale de 17 pouces brille par sa facilité d’utilisation et sa réactivité. L’écran peut se scinder en deux parties et l’ensemble audio de qualité intègre un abonnement à Spotify. Il est même possible de surfer sur le web comme sur un ordinateur à condition d’avoir une bonne couverture réseau évidemment.

 

L’application pour smartphone développée par Tesla propose également une interface d’une grande limpidité pour contrôler le temps de recharge et vérifier l’autonomie. Il est aussi possible de lancer la climatisation ou le chauffage, ou encore de garer sa voiture à distance sans chauffeur comme K2000.

La Tesla Model S est en outre la seule voiture au monde dotée d’un filtre à air HEPA pouvant éliminer les bactéries, pollens, virus et polluants en tous genres. Un mode de recyclage interne permet même de se protéger d’une attaque bactériologique. Nous n’avons pas eu l’occasion de le tester.

Non, pour son pilotage automatique et sa finition perfectible

Révolutionnaire dans sa conception et sa motorisation, la Tesla Model S 100D compte bien s’imposer comme la première voiture dotée d’un système de pilotage entièrement automatique. Mais pour bénéficier des options « pilotage automatique » et « capacité de conduite autonome » il faut ajouter 10 200 €. Un tarif élevé qui s’explique par la présence de huit caméras et 12 capteurs ultrason accompagnés par un laser pour scruter l’environnement du véhicule et analyser toutes les informations via une intelligence artificielle.

Ce système en phase de test continue reçoit de nombreuses mises à jour et devrait à terme autoriser un fonctionnement 100 % autonome. Mais la réglementation n’autorise pas encore ce type de véhicule et le « pilotage automatique bridé » de la Tesla Model S 100D reste à parfaire en l’état. Dépourvue de système de lecture des panneaux de signalisation, la Model S adapte sa vitesse en fonction des informations de la cartographie du système de navigation et ne prends donc pas en compte les travaux. Sur ce point, les dernières berlines de luxe allemandes ont encore un coup d’avance.

Elles conservent aussi un niveau de finition supérieure à celle de l’américaine. A partir de 120 km/h, de petits sifflements d’air se font entendre au niveau des vitres sans montant de la Model S. La coque et les trains roulant en aluminium de la Tesla se révèlent également délicats à faire réparer en cas de choc.

Oui, pour son coût à l’usage limité et sa valeur résiduelle

Facturée 103 080 € avec frais de dossier et immatriculation, la Tesla Model S 100D se positionne face aux plus prestigieuses berlines routières. Un tarif audacieux pour une jeune marque qui se justifie toutefois par un haut niveau de technologie et des prestations uniques.

Chère à l’achat, la Tesla Model S se rattrape à l’usage par un coût énergétique trois fois moindre (0,16 € du kWh en moyenne contre 1,38 € du litre), l’absence totale d’émission polluante directe et un entretien très limité. Une voiture électrique n’a pas de piston, pas de bielles, pas de vidange, pas de boîte de vitesses, pas d’embrayage. Et si vous ne vous prenez pas pour Sébastien Loeb, les plaquettes peuvent tenir très longtemps grâce au freinage régénératif.  Même chose pour les pneumatiques.

Le constructeur préconise une visite annuelle de contrôle (d’environ 500 €) qui n’est pas obligatoire et ne porte donc pas atteinte à la garantie de quatre ans ou 80 000 km. La batterie de 100 kWh bénéficie quant à elle d’une garantie de huit ans sans limitation de kilomètres.

La production relativement limitée de la Model S et l’engouement autour de cette voiture d’un nouveau genre participe à sa bonne valeur résiduelle. Le constructeur propose d’ailleurs des conditions de reprises et des formules de LLD ou de LOA bien étudiées.


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  • Jean-François, 16/01/2019 - 12:08

    Dans un monde pressé...personne n accepte ce changement.
    Le seul probleme que je vois ici cest le reseau apres vente.pour le reste une marque avec 4 modeles top

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  • JD, 15/01/2019 - 16:16

    "Dans les faits, un trajet Paris Marseille par autoroute nécessite aujourd’hui deux arrêts de 25 mn. A moins d’être très pressé et de ne faire qu’un arrêt rapide avec une routière à moteur diesel, le temps de trajets en Tesla Model S 100D équivaut donc à celui d’une voiture thermique."

    Arrêter de dire des conneries !!!
    Les voitures électriques, du moment, n'ont : ni l'autonomie, ni les commodités de réapprovisionnement ( temps de recharge + lieu & densité des endroits adaptés) et encore moins le confort quelque soit la situation de ceux devant se déplacer, d'une voiture thermique.
    Ainsi, sans prévoir et ni anticiper à l'avance un long voyage, la voiture thermique surpasse encore allègrement la voiture électrique sur ces points.

    Cela évoluera surement dans les années à venir à l'avantage de l'électrique, mais ce n'est vraiment pas encore le cas.....

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    • , 30/07/2019 - 20:20

      @JD - ""
      ---je roule depuis 5 ans en électrique Tesla et vraiment aucun problème pour les
      Longs trajets comme vous le sous-entendez. J’ai roulé en RS6 ABT, Porsche Cayenne GTS, Range Rover SDV8 et franchement je ne reviendrai pas en arrière. Là je fais un Genève Hossegor dans aucun problème. Le problème ceux sont les gens qui commentent sans jamais avoir essayé.

    • JD, 15/01/2019 - 20:39

      @Redox - "Bah non, elles font même mieux que les thermiques en usage quotidien : on a le plein chaque matin au réveil car il se fait pendant la nuit.
      Et l'autonomie des Tesla, leur vitesse de chargement et leur réseau de recharge sont nettement suffisants."
      ---
      => Cela t'obliges donc tous les soirs (ou presque...) à recharger ta voiture chez toi ou dans un endroit où il y a une "prise électrique" accessible.
      Tu n'es donc pas libre d'aller où tu veux car tu dois forcement anticiper ces contraintes.
      Adieu donc vacances, escapade, voyages, sur un coup de tête et où la route te mèneras....
      Adieu de s'arrêter où bon te sembles sans anticiper où sera ta prochaine recharge....

      Dans une utilisation définie (aller-retour travail par exemple) et programmée (recharge à la maison par exemple) soit; mais pas pour l'imprévu.

      Comment fais tu si tu es invité pour une soirée chez un ami perdu au milieu de la pampa ? Tu attends 40h (de recharge) avant de repartir chez toi ?
      Comment fais tu si tu décides de partir en vacances itinérantes à travers l'Europe de l'Est ou encore le Maghreb ? Tu prends un groupe électrogène avec toi ?

      En conclusion cela confirmes donc ce que je disais :
      Les voitures électriques, du moment, n'ont : ni l'autonomie, ni les commodités de réapprovisionnement des thermiques.

    • Redox, 15/01/2019 - 17:37

      @JD - "Les voitures électriques, du moment, n'ont : ni l'autonomie, ni les commodités de réapprovisionnement"
      ---
      Bah non, elles font même mieux que les thermiques en usage quotidien : on a le plein chaque matin au réveil car il se fait pendant la nuit.
      Et l'autonomie des Tesla, leur vitesse de chargement et leur réseau de recharge sont nettement suffisants.

      PS : je roule actuellement en i3, l'autonomie est moins bonne et le réseau de recharge rapide est moins intéressant... Mais en usage courant elle me suffit. Ceci dit, j'aurai une Model 3 dans les prochains mois.