Partir en vacances en voiture électrique : est-ce vraiment une bonne idée ?

Plus de 3 000 kilomètres en voiture électrique. C'est l'expérience que nous avons voulu tenter cet été. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle fut riche d'enseignements. Car si on sait qu'aujourd'hui la voiture électrique est parfaitement adaptée à un usage urbain/péri-urbain, les choses sont plus compliquées quand il s'agit de parcourir de longues distances.

par Driss Abdi 28 Août 2020 10:29

À quelques exceptions près, les essais de voitures électriques se ressemblent tous. Les journalistes sont conviés pour conduire le véhicule pendant une heure ou deux sur un parcours urbain qui comprend quelques voies rapides. Si ce type d’essai suffit à convaincre de l’intérêt de la technologie pour un usage quotidien en ville, qu’en est-il au moment de partir en vacances ? 

Nous avons donc profité de l’été pour parcourir plus de 3 000 kilomètres au volant de la Mercedes EQC 100 % électrique. Un gros SUV de près de 2,5 tonnes qui, on vous l’accorde, facilite (un peu) l’exercice avec une autonomie annoncée de 475 kilomètres. Sur le papier, c’est amplement suffisant pour effectuer un Paris-Marseille avec un minimum de stops.

Jusqu’ici tout va bien

Nous voilà donc partis fin juillet aux environs de 10h du matin, avec le coffre chargé à bloc et quatre personnes à bord. La température flirtant avec les 30 degrés, nous avons couvert la distance avec la climatisation allumée en permanence et réglée sur 22° et les deux sièges avant étaient également ventilés. Nous avons également respecté strictement les limitations de vitesse avec un maximum de 130 km/h. 

Une autonomie suffisante, du moins sur le papier
Une autonomie suffisante, du moins sur le papier

Le GPS embarqué de la Mercedes EQC estime l’heure d’arrivée à 20h13 avec 10% de batterie restant à destination, en tenant compte des différents stops en chemin. Et justement, premier arrêt recommandé après 122 kilomètres sur l’autoroute, sur la borne Ionity de La Reserve. Une courte pause de 15/20 minutes et c’est reparti grâce à la capacité de l’EQC à encaisser un peu plus de 100 kW en pic.

Les ennuis commencent

Le stop suivant devait avoir lieu à 130 km de là avec une recharge attendue de 44 minutes pour retrouver 95% de capacité. Néanmoins, la faim commence à se faire ressentir et nous décidons de faire un détour dans la région d’Auxerre. À défaut de station Ionity à 350 kW, nous optons pour une borne publique de 22 kW histoire d’optimiser la pause déjeuner. Oui mais voilà, si notre carte est reconnue, la borne, elle, ne fonctionne pas. Après avoir tenté en vain une autre borne de 50 kW cette fois, nous nous résignons à reprendre la route avec une autonomie estimée à 66%, soit 252 km environ.

Arrivés à hauteur de Pouilly, l’EQC nous indique de sortir de l’autoroute… pour la reprendre en sens inverse sur une dizaine de kilomètres ! En effet, la station Ionity Les Locheres se trouve sur l’aire en direction de Paris. Seule une BMW i3 occupe l’une des sept places disponibles.

Le premier d'une série de détours
Le premier d'une série de détours

Nous lançons la charge mais notre carte n’est pas reconnue. Un coup de fil à l’assistance et on nous informe que cette station a connu des soucis ces derniers temps. En l’absence de parcours alternatif d’après le système embarqué, on commence un peu à stresser, quand l’opérateur redémarre la borne à distance mais que rien n’y fait. Finalement la deuxième tentative sera la « borne » mais à 50 kW maximum. Notez que Ionity nous offrira la charge.

Aussi moderne soit-elle, la Station Ionity de Lochères a fait des siennes
Aussi moderne soit-elle, la Station Ionity de Lochères a fait des siennes
Avant le plantage
Avant le plantage

La voiture nous recommande alors d’attendre 1h07 mais finalement nous repartirons avec 88% ce qui suffira amplement pour arriver à la station suivante. Au lieu d’une trentaine de minutes, ces péripéties nous aurons couté un peu plus d’une heure. D’autant qu’il faut encore rouler en direction de Paris avant de sortir de l’autoroute qu’on reprendra dans l’autre sens.

Un autre petit détour ?

Deux heures plus tard, il nous reste 30% et il est temps de s’arrêter à la station Ionity de Taponas tel qu’indiqué par le système embarqué de l’EQC. Problème, celle-ci est encore une fois sur la voie en direction de Paris. Et là encore, nous devons sortir de l’autoroute puis la reprendre dans l’autre sens (en reprenant un ticket) pour aller recharger la voiture.

Personne aux bornes même en pleines vacances d'été
Personne aux bornes même en pleines vacances d'été

Nous sommes fin juillet mais les bornes de recharge ne sont pas prises d’assaut contrairement à la station service, c’est déjà ça de pris. Nous nous garons donc sur l’une des six places disponibles, juste à côté d’une Kia e-Niro que nous avions pu essayer. Bonne nouvelle, la borne Ionity fonctionnera parfaitement. Quarante cinq minutes plus tard, la jauge indique une capacité de 98%.

Station Ionity de Montélimar
Station Ionity de Montélimar
À défaut de disposer de l'application, le système de la Mercedes EQC fournit des informations bien utiles
À défaut de disposer de l'application, le système de la Mercedes EQC fournit des informations bien utiles

C’est reparti une fois encore en direction de Paris avant de faire demi tour 17 km plus loin. Le quatrième et dernier stop est programmé sur l’aire de Montélimar. Une pause qui nous permet de diner sur le pouce sauf que… la borne aura planté entre temps. N’ayant pas accès à l’application Mercedes Me, nous avons donc perdu un temps précieux avant de nous en rendre compte.

Nous relançons la recharge mais rien n’y fait. Nous changeons donc de borne mais même constat. Finalement la troisième sera la bonne et nous patientons à côté de la voiture le temps de retrouver une capacité suffisante pour arriver à bon port. Il est 21h35 et nous repartons avec 85%. Pour rappel nous étions partis de Paris un peu avant 10h…

Reboot de la borne Ionity
Reboot de la borne Ionity

Paris Marseille en 13h avec la Mercedes EQC

Finalement, nous arriverons à Marseille aux alentours de 23h, soit plus de 13 heures après avoir quitté la capitale. C’est long mais heureusement la Mercedes EQC a rendu le trajet plus agréable. Spacieux et confortable, le SUV électrique choie ses occupants. Le double vitrage offre une excellente isolation phonique et les deux sièges avant réglables dans tous les sens sont ventilés et massants. Nous avons relevé une consommation moyenne de 24,5 kWh/100 km en roulant comme avec une voiture thermique et avec la climatisation allumée sur la totalité du parcours. Une valeur qui peut paraitre élevée mais qui nous semble raisonnable à quatre avec les bagages dans un tel engin de 2,5 tonnes.

Une consommation moyenne de 24,5 kWh/100 km
Une consommation moyenne de 24,5 kWh/100 km

Si l’affichage tête haute est dispensable (l’instrumentation numérique et le grand écran central du système MBUX suffisent déjà amplement), les aides à la conduite comptent parmi les meilleures que nous ayons testées. Le régulateur de vitesse s’adapte automatiquement aux vitesses indiquées sur les panneaux mais surtout, il s’appuie également sur la cartographie pour réduire la vitesse quand nécessaire. Par exemple, il saura ralentir la voiture pour négocier un rond point, même si la limitation de vitesse est de 50 km/h.

L'affichage tête haute de la Mercedes EQC
L'affichage tête haute de la Mercedes EQC

Nous avons tout de même connus quelques ratés quand l’EQC a soudainement freiné pour rouler à 80 km/h même si la vitesse était limitée à 110 km/h. Preuve que ces aides ne sont pas infaillibles et qu’il faut rester attentif. Ceci étant, cela reste extrêmement pratique sur de longs parcours sur autoroute et on en arrive presque à souhaiter pouvoir lâcher le volant pendant plusieurs minutes.

Les sièges avant offrent de nombreux réglages de confort
Les sièges avant offrent de nombreux réglages de confort
Les places arrière ne sont pas en reste même si on déplore un tunnel central
Les places arrière ne sont pas en reste même si on déplore un tunnel central

Autre grief, Apple CarPlay nécessite toujours d’utiliser un câble et l’affichage n’occupe pas toute la surface de l’écran. La faute à Apple il s’agit de le préciser. Plus gênant, il n’est pas possible d’utiliser le planificateur de la Mercedes EQC tout en activant CarPlay, par exemple pour écouter la musique ou gérer ses messages avec Siri.

CarPlay ne profite pas de toute la surface de l'écran tactile
CarPlay ne profite pas de toute la surface de l'écran tactile

La recharge rapide avec la Mercedes EQC

Nous allons enfoncer une porte ouverte en vous disant qu’en l’état actuel, le réseau de recharge est encore le principal frein à l’adoption les yeux fermés de la voiture électrique. Avec ses 400 km d’autonomie constatés, la Mercedes EQC est parfaitement adaptée au longs parcours. Une pause  de 30 minutes maximum toutes les deux heures n’a rien de rédhibitoire d’autant qu’on arrive à destination en forme.

Bien conçue, l'application permet de gérer la charge et d'autres paramètres de la voiture
Bien conçue, l'application permet de gérer la charge et d'autres paramètres de la voiture

Si son système embarqué nous a fait faux bond avec deux détours que nous aurions préféré éviter, celui-ci propose un itinéraire et des recharges identiques à ce que suggère l’application A Better Route Planner par exemple. Point fort du planificateur de Mercedes, il est possible d’afficher des informations détaillées sur les bornes de recharge et l’itinéraire prend en compte les temps de pause.

La voiture peut être rechargée à un peu plus de 100 kW sur les bornes rapides telles que celles de Ionity (quand elles fonctionnes correctement). Au delà de 80%, la puissance diminue mais elle reste conséquente, entre 30 et 50 kW. Enfin, le freinage régénératif qui peut être réglé aux palettes est très efficace.

Très complet, le planificateur offre moult informations y compris le prix de la recharge quand celui-ci est communiqué
Très complet, le planificateur offre moult informations y compris le prix de la recharge quand celui-ci est communiqué

Arrivé à Marseille, nous n’avons trouvé aucune borne de recharge rapide, pas même dans la concession Mercedes de Pont de Vivaux dans laquelle personne n’a pu nous renseigner sur la puissance des bornes. Nous avons néanmoins pu brancher l’EQC qui nous a alors indiqué un temps de charge de 9h pour passer de 25% à 100%. Au final, n’ayant pratiquement plus besoin de voiture, nous avons fini par la brancher sur une prise secteur (2,2 kW)

L'une des rares fois où toutes les bornes étaient occupées, WE du 15 aout oblige
L'une des rares fois où toutes les bornes étaient occupées, WE du 15 aout oblige

Un réseau de bornes de recharge taillé pour les déplacements courts

Pour la suite de notre périple, nous devions rejoindre La Baule. Problème, les stations sont rares et il faudrait s’en remettre aux bornes de 50 kW et moins, non sans passer une nuit à l’hôtel avec un temps de trajet de plus de 14 heures. Au final, on préférera repasser par Paris pour deux nuits à domicile. D’autant que le temps de parcours n’est rallongé que de deux heures seulement, la tranquillité en plus.

Car le retour sera autrement plus aisé que l’aller. En effet, le planificateur de la Mercedes EQC ne nous fera pas faux bond et toutes les stations Ionity se trouvaient sur notre voie. De plus, nous avons été avertis lors des quelques plantages de bornes, le constructeur nous ayant communiqué les paramètres pour connecter l’application Mercedes Me. Au final, le trajet Marseille-Paris ne prendra que deux heures de plus qu’avec une voiture thermique et pour un coût en carburant autrement plus doux.

De la même façon, le trajet Paris La Baule se fera sans encombres prouvant une fois de plus qu’avec un réseau adapté, voyager en voiture électrique n’est pas bien compliqué.


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  • , 29/08/2020 - 09:46

    Le problème c'est clairement la fiabilité de l'infrastructure de recharge, il y a assez de bornes mais pas assez en état de fonctionnement, c'est un scandale absolu ! Je suis en Zoé

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  • VB, 28/08/2020 - 14:49

    Quand même quelle blague ! Les demi-tours et rebrousser chemin pour charger ... 13h pour faire Paris - Marseille, on se croirait revenu 25 ans en arrière. C'est plus qu'un Lille - Barcelone en thermique.

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