Essai Harley-Davidson LiveWire : que vaut la première Harley électrique ?

Attendue en concessions à la rentrée, la Harley-Davidson LiveWire marque un tournant pour le constructeur de Milwaukee. Résolument haut de gamme, la première Harley électrique peut-elle rivaliser avec les spécialistes du genre ?

par Driss Abdi 20 Juil 2019 02:38

Confronté à des ventes en berne et pour anticiper l’électrification du segment à l’instar de l’automobile, Harley-Davidson a commencé très tôt à plancher sur sa première moto électrique. En effet, la genèse de celle qu’on connait aujourd’hui sous le nom de LiveWire date de 2010. Puis nous avions pu essayer le premier prototype en 2014 dans la région de Clermont Ferrant.

Depuis, la marque de Milwaukee n’a pas chômé pour étoffer sa proposition. Et c’est dès la rentrée que la première Harley électrique fera son entrée dans les concessions à un prix de 33 900 € tout de même. Le jeu en vaut-il la chandelle ? C’est ce que nous avons tenté de savoir lors d’un essai sur les routes de Portland aux États-Unis.

Trois coloris pour la 1ère Harley électrique
Trois coloris pour la 1ère Harley électrique

Oui, pour son look typiquement Harley

Premier modèle d’une future gamme de deux roues électriques, la LiveWire est une vraie Harley identifiable au premier coup d’oeil. Ses lignes sont dans la continuité des productions du constructeur, non sans afficher un côté plus fluide et plus dynamique. Une tête de fourche fait son apparition, mais pour le reste la Harley-Davidson de série reste donc très proche du prototype de 2014.

Le concept Harley-Davidson Livewire en 2014
Le concept Harley-Davidson Livewire en 2014
La LiveWire 2019
La LiveWire 2019

Le cadre en aluminium laisse entrevoir la batterie sous laquelle prend place le moteur positionné longitudinalement afin de rabaisser le centre de gravité. Le boîtier de la batterie est peint en noir et il arbore des ailettes de refroidissement qui rappellent celles des moteurs à refroidissement par air. Trois coloris sont disponibles, noir, orange (notre préféré, et jaune (à tendance verte). Et comme pour toutes les autres motos de son catalogue, Harley propose moult accessoires pour personnaliser la LiveWire.

Le coeur de la LiveWire
Le coeur de la LiveWire

Plutôt étroite, la moto affiche une finition soignée si l’on fait exception des câbles disgracieux des clignotants avant. À propos d’éclairage, celui-ci est intégralement à LED à l’avant comme à l’arrière. Mention spéciale pour le feu arrière au design et à l’intégration très réussis (avec un air de Robocop 2014), mais le modèle commercialisé en Europe devrait connaître quelques modifications pour satisfaire la taille de nos plaques d’immatriculation.

Un look futuriste pour le feu arrière à LED
Un look futuriste pour le feu arrière à LED

Oui, pour son moteur H-D Revelation

Lors de la présentation du prototype il y a cinq ans, la moto était équipée d’un moteur développant 74 ch seulement. La Harley-Davidson LiveWire définitive est désormais équipée d’un moteur électrique à refroidissement liquide de 78 kW, soit 105 ch. Celui-ci développe 116 Nm de couple disponible immédiatement. Le constructeur annonce une accélération de 0 à 100 km/h en 3 secondes, et de 100 à 130 km/h en 1,9 secondes. Des chiffres impressionnants pour une moto qui reste néanmoins accessible grâce aux systèmes d’assistance qu’on verra plus loin.

Le moteur électrique H-D Révélation
Le moteur électrique H-D Révélation

Par ailleurs, la moto est dépourvue d’embrayage et la puissance est transmise à la roue arrière par une courroie, limitant d’autant l’entretien déjà réduit d’une moto électrique. Oubliez les vidanges ou les changements de filtres à air par exemple. Si les excités de la poignée d’accélérateur devront prévoir un budget pneu conséquent, les autres apprécieront le freinage régénératif qui épargne les plaquettes de frein. C’est bien simple, en roulant en mode éco, on ne touche pratiquement jamais le levier et la pédale de frein.

Oui, pour le son inédit

On ne va pas se mentir, une Harley électrique risque de donner des hauts le coeur aux amateurs de la sonorité si typique des productions de la marque légendaire. Bien consciente du fait, cette dernière a trouvé une parade originale et inédite. Plutôt que de rouler dans un silence morbide, la LiveWire émet un son qui fait penser à un jet… rien que ça. D’ailleurs on vous a concocté une petite vidéo pour que vous puissiez l’entendre par vous même.

Et ce n’est pas tout. Pour qui a déjà conduit une voiture ou une moto électrique, il n’est pas forcément évident de savoir quand celle-ci est allumée et prête à démarrer sans jeter un oeil sur l’instrumentation. À défaut de vibrations, le moteur électrique H-D Revelation produit une sorte de battement de cœur à l’arrêt dont les pulsations cessent lorsqu’elle se met en branle pour reprendre à l’arrêt suivant. Là encore c’est totalement inédit et plutôt bien trouvé d’autant que ces pulsations n’ont absolument rien de gênantes au quotidien.

Le moteur électrique sous la batterie
Le moteur électrique sous la batterie

Oui et non, pour l’autonomie de la batterie

Lors de l’essai du prototype LiveWire, il était clair que l’autonomie de la première moto électrique de Harley était son principal point faible. Le constructeur a mis à profit ces 5 années pour travailler sa copie et proposer une batterie haute tension de 15,5 kWh, la plus importante sur une moto électrique. En conséquence, la Harley LiveWire affiche tout de même 250 kg sur la balance. Qu’on se rassure, elle reste facile à déplacer moteur coupé notamment.

L'imposante batterie de la Harley-Davidson LiveWire
L'imposante batterie de la Harley-Davidson LiveWire

Son boîtier en aluminium fait office de dissipateur de chaleur pour faciliter le refroidissement des cellules. Il est en outre doté de petites prises d’air aménagées sur la carrosserie afin de guider le flux. L’autonomie annoncée est de 235 km en conduite urbaine, ou de 152 km sur autoroute où la récupération d’énergie au freinage est forcément moindre. En fait, tout va dépendre de votre style de conduite. En ville, le mode Eco fait parfaitement l’affaire. Jamais frustrant, celui-ci offre des accélérations qui restent puissantes, tout en associant une récupération d’énergie plus importante au freinage. Comme dit plus haut, vous n’aurez pratiquement plus besoin de toucher les freins et les 200 km d’autonomie sont effectivement envisageables.

En revanche, il suffit d’augmenter le rythme avec le mode Sport activé, et en essorant la poignée de gaz à la moindre occasion, pour vite atteindre les 150 km annoncés, voire moins en fonction du type de route. Il faut dire que cette Harley électrique donne envie d’aller plus vite. Au final, seul le mode pluie semble vraiment brider la puissance de la moto. L’accélération est alors beaucoup plus linéaire et plus douce. Notez enfin que la batterie bénéficie d’une garantie de cinq ans avec un kilométrage illimités.

Oui, pour les sensations de conduite

Relativement basse, la Harley électrique se fait accueillante pour tous les gabarits. La position de conduite est à la fois naturelle et confortable. Seule critique, la selle gagnerait a être un peu plus large et surtout plus moelleuse.

Le centre de gravité positionné très bas permet effectivement de faciliter le pilotage et les enchainements de virage se négocient aisément. En mode sport, les accélérations sont impressionnantes mais jamais violentes, permettant de toujours garder le contrôle de la moto grâce aux systèmes d’assistance. Agréable, la Harley-Davidson LiveWire offre comme une sensation de glisse pendant la ballade. Elle sait aussi augmenter le rythme (et le conserver), même si le réglage par défaut de la suspension arrière mériterait d’être raffermi pour éviter les rebonds sur les routes bosselées. Gare à ne pas se laisser surprendre.

Moteur électrique oblige, le couple est tout de suite présent et la vitesse maximale annoncée est vite atteinte, voire même un petit peu au dessus. Qu’importe, la protection minimale offerte par la tête de fourche fait office de limiteur de vitesse naturel,  vos cervicales apprécieront. Bon point, le moteur soutient les accélérations répétées sans jamais s’essouffler ni même se mettre en sécurité comme cela peut être le cas sur certaines voitures électriques.

Oui, pour les modes de pilotage

Grande première chez Harley, la LiveWire inaugure des modes de pilotage qui existent déjà chez de nombreux constructeurs concurrents. Sept modes sont au programme qui agissent sur la puissance de la moto, la puissance du freinage induit par la récupération d’énergie, la réponse à l’accélérateur et le contrôle de traction.

Les modes de conduite (à droite)
Les modes de conduite (à droite)

Moto électrique oblige, outre les modes Sport, Route et Pluie, la LiveWire dispose d’une mode autonomie qui comme on l’a vu plus haut, renforce surtout la récupération au freinage. Les accélérations sont toujours puissantes et l’utilisation de ce mode n’a rien de frustrant pour qui veut aller aussi loin que possible avec sa Harley électrique. Enfin, trois modes personnalisables sont également disponibles. Pour être tout à fait complet, sachez que la LiveWire dispose aussi d’un régulateur de vitesse.

Le sélecteur de mode et la molette de commande
Le sélecteur de mode et la molette de commande

Oui et non, pour les options de recharge de la batterie

Outre la récupération d’énergie au freinage dont l’intensité varie en fonction du mode de conduite choisi, la Harley-Davidson LiveWire offre plusieurs solutions de recharge via la prise Combo CSS située devant la selle. La plus basique consiste dans un chargeur standard de 120/240 volts associé à un cordon d’alimentation AC qui se range sous la selle. Avec 20 km par heure de charge, c’est la solution à privilégier pour un usage domestique, pour recharger la nuit par exemple.

Par ailleurs, la première Harley électrique est aussi compatible de série avec la recharge rapide en courant continu (DC) pour retrouver 80% de capacité en 40 minutes (et de 0 à 100% en 60 minutes). Sachez aussi que chaque concessionnaire Harley-Davidson proposant la LiveWire dispose d’au moins une station de charge rapide (DCFC) 24kW accessible au public.

Reste que la Zero SR/F fait bien mieux à tous les niveaux avec 4 heures seulement pour faire le plein sur une prise classique, et même 95% en 2 heures avec la version premium et son chargeur de 6 kW.

Oui, pour son affichage numérique complet

Forcément s’agissant d’une moto électrique, les bons vieux compteurs à aiguilles laissent la place à un écran numérique TFT de 4,3 pouces positionné au dessus du guidon. Très complet, sa luminosité s’adapte automatiquement pour garantir la lisibilité même avec le soleil dans le dos.

L’écran est également tactile mais uniquement à l’arrêt pour des raisons évidentes de sécurité. Il est néanmoins possible de modifier les informations affichées tout en roulant via la commande manuelle située sur la droite du guidon. On peut ainsi afficher différentes informations telles que le compteur de puissance, l’indicateur de mode de pilotage (on y reviendra), les témoins d’avertissement tels que les clignotants, ABS actif, le contrôle de traction ou encore la température de la batterie et du moteur ou encore le temps restant jusqu’à la charge complète.

L’interface est intuitive et quelques secondes suffisent pour en prendre la pleine mesure. Enfin, l’affichage est modifiable très facilement tout en roulant.

Oui, pour les systèmes de sécurité

33 900 €, la Harley-Davidson LiveWire n’est pas donnée loin de là. Outre le prestige de la marque et le côté exclusif de cette première moto électrique, le pilote dispose d’un nombre impressionnants de technologies d’aide à la conduite. À côté de l’ABS amélioré baptisé C-ABS (C pour cornering) qui atténue le freinage en prenant en compte l’angle d’inclinaison de la moto, la LiveWire profite d’un système de contrôle du couple résiduel. Le principe est simple : par temps de pluie, il empêche la roue arrière de se bloquer lors du freinage appuyé du fait de la récupération d’énergie.

Autre système de sécurité bien utile pour maîtriser le couple de l’engin sous la pluie, le contrôle de traction en virage C-TCS empêche la roue arrière de patiner excessivement à l’accélération. Car faut-il le rappeler, avec un couple de 116 Nm disponible immédiatement, la Harley LiveWire est catapultée à 100 km/h en seulement 3 secondes ! Associé aux modes de conduite, le C-TCS est désactivable en roulant à l’aide un bouton au guidon pour les pilotes les plus expérimentés. Si cela ne suffit pas à vous rassurer, sachez enfin que le système limite aussi les wheelings.

Oui et non, pour les fonctions connectées H-D Connect

Outre la connexion Bluetooth pour afficher la navigation directement sur le tableau de bord de la Harley-Davidson LiveWire (avec l’application Harley-Davidson idoine), une carte SIM M2M est intégrée pour une connexion à distance depuis le smartphone de l’utilisateur.

Ce dernier aura préalablement téléchargé l’application gratuite H-D Connect qui sera lancée en même temps que la moto. Celle-ci offre des fonctionnalités avancées telles que la localisation des concessions qui proposeront une borne de recharge gratuite, et la connexion au Cloud en partenariat avec Intel. Le propriétaire dispose ainsi  de services à distance tels que l’état de la moto (niveau de charge, temps de recharge restant), mais aussi les alertes si la celle-ci est heurtée ou endommagée à l’arrêt (bien utile désormais dans les grandes villes comme Paris où les places sont rares et où le stationnement sur une place de voiture risqué). Bien entendu, si quelqu’un tente de la voler et que la LiveWire sort de la zone autorisée, il sera possible de la localiser, ou du tout moins sa dernière position connue en cas de perte du signal GPS.

Reste que le service H-D Connect sera uniquement offert pendant un an après l’achat d’une moto LiveWire neuve. Des frais d’abonnement seront appliqués après la période d’essai gratuite. Un peu difficile à avaler pour une moto commercialisée à plus de 30 000 €.

Non, pour son prix

Parlons en justement du prix. Affichée à 33 900 €, la première Harley électrique n’est pas à la portée de toute les bourses. Surtout qu’en face, la concurrence n’est pas en reste, à commencer par l’autre américain, Zero Motorcycles avec sa Zero SR/F. Une moto électrique facturée 20 690 ô en version de base, et 22 890 € pour le modèle premium. Certes la finition n’est pas du même acabit, les clignotants sont à ampoules et aucun système de clef main libre n’est proposé. De plus, certains vous diront aussi que… ce n’est pas une Harley.

Cliquez sur la photo ci-dessous pour afficher la galerie de la Harley-Davidson LiveWire.


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